Si, à l’aube de mes 75 ans, quelqu’un m’avait parlé de me lancer dans l’écriture d’Icônes, j’aurais peut-être éclaté de rire. Car jusqu’alors je ne m’étais risquée ni à dessiner ni à peindre.

Je venais d’arriver dans une nouvelle communauté de 22 sœurs, composée de quatre congrégations différentes. Une des sœurs, qui avait animé pendant plusieurs années un atelier avec le Père Igor à Meudon, proposait un atelier d’icônes ; y participait une douzaine de personnes ne faisant pas partie de la communauté. Le désir m’est venu de les rejoindre. Sous la houlette de l’« animatrice », je me suis lancée et petit à petit j’ai appris. J’ai découvert qu’on ne dessine pas, ni ne peint une icône. On l’écrit. Même le vrai artiste peintre de notre groupe doit aussi apprendre… J’ai appris la technique, mais plus encore j’ai appris, j’ai découvert le sens spirituel de cet Art religieux de l’Orthodoxie. L’apprentissage fut parfois rude, il y a eu des moments de découragement… Parfois j’ai cru avoir réussi, mais ce que j’avais fait valait gribouillis d’enfant. Ah ! La réussite immédiate est tout de même plus gratifiante ! Mais finalement, comme toute chose en quelque domaine que ce soit, il faut savoir remettre sur l’établi…

L’icône… L’important ce n’est pas ce que nous en disons, les qualificatifs dont nous la parons… Devant l’icône, il faut se situer en « ouverture » de cœur et d’esprit pour « entendre », « voir » ce que, elle, l’icône, veut nous dire ; car elle rend présent le Mystère. Comme la Parole de Dieu (l’Evangile) nous révèle le Mystère, l’Icône nous le rend présent. D’ailleurs, on ne regarde pas une icône, on la laisse nous regarder. On ne se donne pas à soi-même cette grâce. Le « silence » de l’Icône a confirmé en moi cette certitude pendant les longs mois qu’a duré l’écriture de ma première Icône : le Christ Pentocrator.

J’ai envie de vous partager maintenant quelques « lumières », des grâces reçues par mes Icônes.

 

CHRIST PENTOCRATOR

Un jeudi de l’Ascension, alors que je prie devant cette Icône terminée depuis Noël précédent, je reçois une « lumière »… très simple, très sobre :
Le Christ me frappe par la Majesté, la Force de sa Présence, par la sureté des mots sur le Livre ouvert qu’Il tient sur son bras gauche et qu’Il me montre de sa main droite.
« Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ». Je n’interprète pas. J’ai reçu cette Présence… Parole qui est encore Vivante aujourd’hui. Indélébile.

 

VIERGE DE LA PASSION

L’Enfant Jésus est « pris » par la vision des instruments de la Passion que lui présentent des anges. Il est inquiet, on le voit à son regard, à son petit pied crispé, à ses mains qui s’agrippent à la main droite de sa Mère.
Marie me parle ; son visage est parole pour moi. Parole qui me révèle le cœur de sa présence à ce Mystère. Son visage est paisible et pourtant révélateur de ce qui la dépasse… Elle regarde et voit « au-delà », Quelqu’un à qui elle a donné sa parole pour que sa Volonté se fasse. De sa main droite ouverte elle reçoit les mains crispées de son Fils. Qu’elle mère ne serrerait pas ces deux mains comme pour rassurer son enfant, pour lui manifester qu’elle est bien là, pour le défendre. Marie garde sa main ouverte, signe qu’elle accompagne son Fils par la foi…
Mystère de confiance jamais acquis pour moi.

 

L’HODIGHITRIA : Celle qui montre le chemin

Marie nous montre Jésus, son enfant : le CHEMIN. Lui qui plus tard dira : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Celui qui est le chemin ici ce n’est plus le Pentocrator, le Christ en Majesté, c’est Jésus enfant. Bien petit, faible, impuissant en son humanité…
C’est cet Enfant que Marie me montre comme « le » chemin. Et Je reçois cela comme une invitation à la confiance, à l’abandon, quand, dans ma vie, les événements et les circonstances semblent déboucher sur un inconnu si peu évident. La fragilité, l’incertitude des réponses à tant de situations sont à l’image de la fragilité d’un enfant :
« Si vous ne devenez comme des petits enfants… »

 

L’ANNONCIATION

Chaque personnage (Ange Gabriel et Marie) occupe la moitié de l’icône. SAUF… le bout des trois doigts de l’Ange dépasse légèrement la moitié de l’espace imparti. Trois doigts, signifiant les trois Personnes Divines et deux doigts pour les deux natures, divine et humaine, de Jésus.
Dieu ne s’impose pas dans l’évidence et la force. En dépassant la moitié de l’Icône, les doigts de l’Ange suggèrent, à qui veut ou peut voir, l’origine de cette annonce, de qui elle vient !
Debout, l’ange a comme une certaine retenue qui suggère la liberté de la réponse attendue.
Marie s’est levée à l’arrivée du messager. Dieu s’adresse à Marie, à nous, dans l’ordinaire de la vie. Elle file la laine, elle tient encore la pelote dans sa main gauche. Pour autant, elle est bien présente à ce qui lui est dit, et à l’enfant à peine formé en elle. Sa main droite encore occupée à son travail se fait accueil et protection de l’Enfant annoncé.

 

VIERGE, DITE DE JERUSALEM
Vierge que j’aime appeler : VIERGE DE LA RENCONTRE

Peu d’Icônes montrent Jésus et Marie qui se regardent, qui se parlent.
Le plus souvent, il s’agit de Marie qui nous montre Jésus ou qui  le reçoit blotti contre elle avec tendresse !
J‘ai écrit cette icône pour l’offrir en cadeau de mariage à un jeune couple. Pour leur dire ce que je leur souhaitais : que leur vie soit pleine de vraies rencontres, au jour le jour. Rencontres, source de bonheur.
Cette icône, je la voulais « douce », mais le visage Marie est sévère ! J’ai encore beaucoup à apprendre !
C’est comme dans la vie, la réussite complète n’est pas à portée de main immédiate ! Je le sais mais en prendre conscience encore une nouvelle fois n’est pas inutile.

 

On nous dit parfois : « C’est beau, et vous réalisez tout cela dans une prière continuelle ! ». C’est peut-être vrai pour certain(e)s mais j’avoue que moi, je n’en suis pas là. Je suis encore préoccupée par la technique, la recherche des couleurs…
C’est plutôt en dehors du « travail », dans ma chambre, que la prière trouve sa place.
Un aspect important aussi dans l’atelier c’est « le groupe ». Nous sommes généralement une douzaine. S’il y a une responsable, un « maître » en la matière, nous passons parfois près de l’un ou l’autre pour regarder son travail, admirer et même parfois lui donner des conseils. Les commentaires des autres nous éclairent.

 

LA SAINTE TRINITÉ

Cette Icône dite de la Sainte Trinité d’Andrei Roublev est « écrite » à partir de Genèse, chapitre 18, quand Abraham accueille trois hommes qui se présentent près de sa tente.
Cette septième Icône était destinée à la communauté du « Béguinage », pour son oratoire.
Je l’ai gardé quelques semaines avant de la donner.
La Sainte Trinité : j’ai été très impressionnée en écrivant ce grand Mystère. Pour autant, comme lors de l’écriture de mes autres icônes, la prière ne me fut pas donnée plus facilement. Tout était si délicat à « faire »… Les visages, les regards, les mains, les couleurs, la lumière…
Enfin… elle est terminée et sèche et je la garde « exposée » dans ma chambre. Elle a bien quelques défauts, je les connais et ne les vois que trop, pourtant elle est « belle » !
Un matin je ne peux m’empêcher de me formuler à moi-même : comme elle est belle avec ses défauts et c’est « mon œuvre » ! Et immédiatement vient à ma pensée cette parole que j’entends comme venant du Seigneur : « C’est ainsi que tu es pour moi, avec tes faiblesses et tes défauts ».
Nous sommes invités par le Seigneur, qui que nous soyons, à nous mettre à cette place laissée libre autour de la table trinitaire. Nous entrons dans ce Circuit d’Amour offert, avec et au nom de chaque être humain sur cette terre.