Avec celles et ceux qui souffrent de toutes sortes d’abus dans notre Église

Plusieurs Auxiliatrices sont engagées dans le Réseau SImon. Marie-France, psychologue, assure l’accueil téléphonique : un premier contact avec le Réseau, un appel à l’aide pour des personnes qui ont souffert par l’Église. Elle retrace la naissance de ce réseau et nous parle de son expérience.

Août 2017, la lettre du Pape François à tous les baptisés invite le peuple de Dieu à prendre sa part de responsabilité dans la lutte contre la pédophilie dans l’Église.

Février 2018, Véronique Margron, présidente de la CORREF (Conférence des Religieuses et des Religieux en France) vient nous rejoindre à La Barouillère où une soixantaine d’Auxiliatrices sont réunies tout un week-end sur ce thème de la crise et des abus au sein de l’Église. Son livre « Un moment de vérité » vient de paraître.

Les révélations, hélas, ne font que se succéder, mettant à jour beaucoup de souffrances cachées, inavouables. Comment rester inactives face à de tels drames ?

Début 2019, une Auxiliatrice, Isabelle, lance en lien avec la CORREF un réseau d’écoute à destination des personnes victimes d’abus sexuels ou de pouvoir dans l’Église. C’est le « Réseau Simon ». Il réunit des thérapeutes professionnels (psychologues cliniciens, psychanalystes, psychiatres) et des accompagnateurs spirituels, religieux et laïcs. Emmanuelle, supérieure provinciale, me demande alors de rejoindre ce réseau pour tenir des permanences téléphoniques afin d’orienter les personnes vers des collègues psy ou accompagnateurs spirituels.

Que dire de ce début d’expérience ?

Des appels arrivent de toutes parts, même de l’étranger, qui disent toujours une détresse longtemps gardée cachée. Les langues se délient, les affaires éclatent au grand jour. Je suis touchée par la confiance que les personnes nous font en nous appelant. Cela demande beaucoup d’écoute pour percevoir leurs demandes. Je ressens parfois leur gêne à parler d’un sujet trop longtemps refoulé. Il y a aussi une question de confidentialité, particulièrement quand la personne appelle d’un lieu monastique où elle ne dispose pas d’un téléphone privé. J’essaie d’encourager, de faire sentir qu’il y a des solutions d’aide. Or, bien que disposant de nombreuses adresses des membres du Réseau, je sais que la meilleure solution sera celle que nous chercherons ensemble. J’aime ce dialogue qui progresse en confiance réciproque.

Parfois, je ne peux accueillir qu’un long discours, toute une histoire sombre. La personne a déjà consulté plusieurs thérapeutes sans en éprouver aucun réconfort. Que faire ? Ecouter, intervenir aussi pour mieux percevoir les motivations qui ont amené la personne à nous appeler. Il y a aussi des situations qui paraissent inextricables, je pense particulièrement aux abus de pouvoir dans l’Église, dans les paroisses, au sein de communautés religieuses. La personne qui dénonce de tels abus se trouve assez souvent isolée. Le groupe résiste à reconnaitre de tels dysfonctionnements. Le seul souci serait de ne pas faire de vagues, de penser que les choses vont s’arranger.

Des responsables diocésains font parois appel à des médiateurs auxquels il est dit, bien sûr, que ce que l’on souhaite dire, et les situations restent en l’état. Une personne dénonçant de graves problèmes de ce genre, tissés de mensonges objectifs, me disait récemment qu’il s’agit d’une véritable culture établie. « C’est ainsi, et on a toujours fait comme cela », une attitude que Don Dysmas de Lassus, prieur général des chartreux, dénonce dans son livre « Risques et dérives dans la vie religieuse ».

La création du Réseau Simon est une initiative qui a toute sa place aujourd’hui dans notre Église, une réalisation qui reste très modeste mais qui voudrait se mettre au service de celles et de ceux qui souffrent de toutes ces dérives. Ensemble nous pouvons avancer vers plus de vérité.  Cette vérité qui nous rendra libre, nous promet Jésus.