Dans la capitale du Tchad, les mesures sont plus strictes mais difficiles à respecter (mais certaines ont déjà été levées le 21 mai). Claire témoigne de ce qu’elle voit, de ce qu’elle vit et de la foi qui la porte pour ne pas se décourager.

À N’Djamena, il n’y a pas un confinement réel comme il y a eu en Europe. Mais il y a des « mesures barrières », comme par exemple la distanciation d’un mètre entre les personnes, le lavage régulier des mains, le port du masque obligatoire dans la rue et les lieux publics. Il y a l’instauration du couvre-feu de 20h à 5h et la fermeture des frontières. Nous ne pouvons plus aller nous promener là où nous en avions l’habitude et faisons donc nos promenades dans notre jardin…

La distanciation d’un mètre entre les personnes est difficile à vivre, surtout dans les marchés : certaines entrées étaient fermées, ce qui fait que les gens s’agglutinaient plus les uns aux autres. Maintenant les marchés ouvrent à nouveau toutes leurs entrées et les magasins aussi.

Les restaurants, les bars et les boutiques non-alimentaires étaient fermés… Le soir, nous dormions beaucoup mieux car d’habitude, étant donné que nous sommes entourées de bars, nous avons beaucoup de bruit autour de nous – parfois jusqu’à 3 heures du matin ! Au début, nous étions déconcertées par le silence qui régnait autour de nous. Mais maintenant les bars et les boutiques non-alimentaires ouvrent à nouveau…

Les bus ont été supprimés. Les voitures sont autorisées à prendre 4 passagers au maximum. Mais nous sentons une circulation toujours aussi dense, avec beaucoup plus de motos qu’avant. Maintenant les bus peuvent circuler à condition d’avoir 10 passagers au maximum.

Les écoles et les lieux de culte sont fermés. Cette mesure a été particulièrement difficile à vivre pour les chrétiens. Ne plus avoir de messe, ni de catéchèse, ni de rencontre dans les CEB (Communauté Ecclésiale de base), ni d’autres rencontres habituelles, est douloureux pour les chrétiens car tout cela leur permettait de nourrir leur foi. Beaucoup de chrétiens écoutent les messes à la radio ou regardent la télévision. Certaines émissions ont été mises en place pour eux par différentes commissions diocésaines. Par exemple, la commission diocésaine de la catéchèse a décidé de faire des émissions de 20 minutes chaque semaine, pour les catéchumènes en particulier, et la commission diocésaine des vocations donne une émission une fois par mois pendant une heure. C’est une manière d’encourager les chrétiens et de les soutenir dans leur foi en ce temps d’épreuve.

Je suis étonnée de la foi des chrétiens. Malgré le fait que toutes ces « mesures barrière » ne soient pas faciles à mettre en place et à vivre, les chrétiens continuent à dire que « Dieu est grand et nous protégera » ou encore « il faut beaucoup prier et cela va passer ». Ils croient en la présence de Dieu et, malgré tout ce qu’ils traversent, ils savent reconnaître qu’Il est là chaque jour et ne les abandonne pas.

La communauté

A la communauté, nous essayons aussi de suivre ces « mesures barrière ». Par exemple, toute personne qui rentre chez nous doit se laver les mains au dehors. Nous-mêmes, nous nous lavons sans cesse les mains… Nous gardons la distanciation d’un mètre avec les personnes qui viennent nous visiter et entre nous en communauté. Nous avons décidé de désinfecter les poignées des portes…

Adèle, qui travaille à l’hôpital, porte en permanence le masque. Les autres sœurs de la communauté, nous le portons également dans les lieux publics et quand nous sortons dans la rue. Et nous essayons de ne plus rendre de visite aux gens.

Valérie et Valeria vivent leur mission la plupart du temps à la maison, dans des accompagnements entre autres.

Et moi, engagée dans la catéchèse, je travaille surtout à la maison, n’allant dorénavant au bureau de la catéchèse qu’une matinée par semaine.

Ce temps de covid-19 n’est pas un temps facile à vivre, car cela nous déplace. Et nous nous sentons démunies. Personnellement, j’essaye de me poser certaines questions : qu’est-ce que le Seigneur me dit à travers tout cela ? A quoi m’appelle-t-il ? J’ai entendu des appels, comme le fait de faire des émissions radios pour les catéchumènes et les chrétiens ou encore de prier davantage pour toutes les personnes qui souffrent, celles qui sont plus isolées… Continuer d’accueillir T. et P. qui sont des malades psychiatriques, mais pour qui c’est important de venir régulièrement à la communauté pour simplement être écoutés…

La tentation est grande de me décourager, mais je demande cette grâce au Seigneur de ne pas tomber dans cette tentation, car je désire encourager ceux qui en ont besoin et les aider à croire que la vie est toujours plus forte que la mort.

A lire aussi un autre écho du Tchad : « A Bitkine, apprendre à vivre au jour le jour », un article de Sylvie (ici)