Depuis deux mois, l’espace de vie des sœurs en Ehpad est réduit à leur chambre. Comment vivre et tenir dans la durée ? Marie-Luce partage ses difficultés et ses points d’appui. Odile nous dit comment la quarantaine a finalement été comme un cadeau pour elle.

Les Ehpad ont pris des mesures strictes pour éviter la propagation du coronavirus. Ainsi, du jour au lendemain, Marie-Luce s’est retrouvée enfermée dans sa chambre, devenue son espace de vie, 24 heures sur 24. Après plusieurs semaines, elle a eu l’autorisation de sortir une heure par jour dans le jardin. Et pour la première fois récemment, elle a pu rencontrer sa supérieure dans une pièce dédiée, mais à bonne distance l’une de l’autre.

Je me suis sentie très seule tout d’un coup : ne pas voir les autres, ne pas pouvoir les rencontrer, leur parler… En plus mon téléphone ne fonctionnait pas bien – mais il est maintenant réparé. Oui, j’ai éprouvé une grande solitude, mais sous ses deux aspects :

  • Le premier aspect, positif : des moments riches, de calme, de prière.
  • Et le deuxième aspect, plus difficile : l’impression de ne rien valoir.

Une citation, de je ne sais plus qui, m’a beaucoup aidée :

« Poids de l’instant, pour être et aimer. C’est ce que j’ai en mon pouvoir, c’est le lieu de Dieu. Il est là. Il répond. »

Cette phrase, c’est l’idéal du chrétien pour moi, de la personne âgée, malade. Ce n’est pas si facile à vivre. Souvent je suis partie en avant ou en arrière. On peut se perdre dans l’avenir ou dans le passé. Je me dis : « Marie-Luce, tu es là pour l’instant. Tu as peur d’avoir mal, mais tu vois bien, tu vas bien aujourd’hui. » Et je reviens au présent. « Oui, Seigneur, tu es là. » C’est un acte de foi. La foi, ce n’est pas une théorie, c’est une manière de vivre, une décision.

Une autre chose qui m’aide, c’est l’acte plénier. C’est-à-dire être tout entière dans ce que je fais. Cela unifie. C’est important en ce moment : l’unité intérieure, être présente à ce qui est. On est souvent parti ailleurs, et ce n’est pas bénéfique.

Je peux sortir une heure par jour dans le jardin alors je vais chaque jour voir les fleurs, où elles en sont, en particulier les myosotis, qui me rappellent mon enfance. Je regarde. C’est très simple. C’est un petit détail, qui dit une présence, une intériorité.

Finalement, la prière c’est quoi ? Je n’aime pas ce mot. Je préfère dire l’acte de présence, une présence à Dieu. Être là.

Et quelques aspects de la vie quotidienne, plus difficiles ou au contraire aidants :

  • Ce qui reste difficile, ce sont les repas. On m’apporte un plateau et je prends ce qu’il y a dedans. Ce n’est pas très chaud et nous n’avons aucun choix. Avant on avait le self… Les horaires ne sont pas faciles non plus. Le soir on dîne à 18h (à l’heure de l’émission « C’est dans l’air » !), au lieu de 18h30 en temps ordinaire, pour que le personnel puisse rentrer chez lui.
  • Ce qui fait du bien, ce sont les quelques mots échangés lors du passage de l’infirmier ou du médecin. Mais le personnel qui fait le ménage ou apporte les plateaux a beaucoup de travail et n’a pas forcément le temps de s’arrêter pour parler…
  • La messe est célébrée dans la chapelle de la maison et nous pouvons la suivre dans notre chambre, sur la télévision. C’est une chance d’avoir ainsi la messe très souvent.
  • Chaque soir, avec Odile, nous nous téléphonons pour nous donner des nouvelles. C’est un soutien.

 

Odile, elle, a été en quarantaine pendant 4 semaines. Le coronavirus l’a atteinte, heureusement de manière légère. Elle n’a pas pu sortir de sa chambre pendant 4 semaines…

C’était inattendu ! Moi qui n’ai pratiquement jamais été malade, j’ai dû rester dans ma chambre pendant 4 semaines, sans autorisation de sortie.
En fait j’ai vraiment apprécié ce temps, je l’ai goûté, je l’ai reçu comme un cadeau d’En-Haut. J’ai vécu ces semaines dans une paix intérieure, légère.
Je n’ai pas eu l’impression d’être coupée du monde. Quand le Directeur a su que j’étais en quarantaine, il m’a fait monter une télévision. Et il y avait le téléphone qui permet de rester en communication.
Grâce à la télé, j’ai pu suivre la messe du Pape chaque matin à 7h, en direct de la Maison Ste Marthe. J’ai goûté la simplicité de la célébration, les petites homélies du Pape François, les commentaires très justes des journalistes. Cela m’a nourrie.