Marie-Anne, à Marseille, s’interroge sur la fraternité : comment se vit-elle, où se cache-t-elle pendant cette période de confinement ?…

Fraternité où es-tu ?
Je t’ai cherchée dans les rues vides de Marseille, je n’y ai vu que des personnes têtes baissées, filant pour éviter l’averse dans ce grand soleil !!
Rue déserte, où sont tes cafés animés débordant de musique et d’amoureux, d’amis, de famille et d’illustres inconnus qui se sont donnés rendez-vous. On se « tape » la bise, on rigole, on refait le monde et on se quitte sans oublier de se faire la bise, si importante à Marseille !

Fraternité où es-tu ?
Je t’ai cherchée dans les bureaux, les entreprises, à l’heure de la pause avec une tasse de café ou de thé à la main. Pas de rire, pas de blague, pas de conversations légères, insouciantes où, le temps d’un instant, on oublie que nous sommes là pour travailler. Temps si important pourtant pour que le travail ait du goût, de la force, de l’enthousiasme.

Fraternité où es-tu ?
Je t’ai cherchée dans les dîners de famille, les repas d’anniversaire où chacun prend le temps de fêter l’être aimé. On déballe les cadeaux, on rit, parfois on s’ennuie mais on est ensemble et ça fait chaud au cœur. Même aux enterrements, tu n’étais pas là, seulement la stricte famille, pas d’amis, pas de collègues, pas de voisins, même les plus proches qui te connaissaient si bien, avec qui tu avais si souvent pris l’apéro, le petit jaune marseillais.

Fraternité où es-tu ?
Je t’ai cherchée dans nos églises, mosquées, temples, synagogues… Plus d’assemblée de fidèles pour vivre ce temps de communion si nécessaire pour sentir un instant la grandeur, la hauteur, la profondeur, la largeur de l’Amour de Dieu. Pas besoin de grand discours, être là à côté l’un de l’autre et se sentir vivant en Dieu.


Fraternité où es-tu ?
Tu es là dans notre cœur, tapis, prête à surgir dans l’interstice de nos vies à l’arrêt, stoppée net par un invisible « petit truc » qui met le monde à terre.
Oui la vie, la fraternité, la joie est plus forte que la mort ! Telle une petite fleur qui pousse au cœur d’un mur de béton, la fraternité pousse les murs de nos silences étourdissants.

Petite fleur laborieuse !
C’est le collègue qui appelle à l’heure de la pause pour que nous puissions prendre un café virtuel et « blablater » de tout et de rien, le télétravail ne nous prendra pas ce rendez-vous !

Petite fleur familiale !
C’est cette maman qui a décidé d’écrire ses mémoires et nous découvrons des racines insoupçonnées qui frétillent dans le sang de nos veines ; des discussions téléphoniques et même des vidéo conférences sont organisées.

Petite fleur amicale
Ce sont ces familles qui ont décidé de se faire un WEB apéro, pour prendre des nouvelles, se raconter la dernière blague qui tourne en boucle.

Petite fleur de 20 heures
Ce sont tous ces applaudissements à 20h qui viennent crever la bulle de silence qui entoure Marseille ! C’est un tintamarre joyeux, plein de couleurs, qui fait chaud au cœur et qui dit notre communion profonde dans ce combat sans nom avec tous les soignants de la planète.

Petite fleur ecclésiale !
C’est cette dame à la radio RCF qui s’inquiète de tous ces prêtres seuls dans leur presbytère, disant la messe sans paroissiens. Alors s’inventent des télé-curé, des télé-caté sur le WEB, des messes en WEB série… Sans compter sur notre archevêque qui, avec son équipe, nous donne les armes pour combattre nos démons intérieurs, nous armant pour ce combat spirituel que nous menons ensemble.
Ensemble, plus que jamais malgré les apparences trompeuses, dans une communion que personne, pas même un « petit truc » invisible, ne pourra détruire.
« Rien ne nous séparera du Christ » dit St Paul, rien ne peut détruire la vie en abondance que le Seigneur nous donne chaque jour !
Soyons créatifs ! Inventons de nouveaux espaces où la fraternité peut s’exprimer, où la communion se pare d’autres atouts !

Oui la vie est plus forte que la mort, osons vivre Pâques avant l’heure !