Myriam travaille dans un Foyer d’Accueil Médicalisé qui reçoit des personnes adultes porteuses d’un handicap mental. Le port du masque obligatoire depuis près de 3 mois lui inspire quelques réflexions.

« Montre-moi ta bouche », me dit un jour Adouma, après plusieurs semaines de confinement.

« En fait, Magali ne voit pas que je lui souris et l’encourage… Est-ce qu’on peut distinguer si mes yeux sont plissés de sourire ou de colère ? », s’exclame une soignante.

Nous sommes « masqués », tous. Les résidents ne voient plus que des professionnels masqués, que ce soient les soignants, les femmes de ménage, les hommes d’entretien ou le personnel administratif. Et cela risque de durer quelques mois encore !

Du visage, ils ne voient plus que la moitié supérieure, les yeux. Ils n’ont plus accès à tout ce que pouvait exprimer notre bouche, toutes nos mimiques. Une partie de la communication se perd derrière nos masques… Il nous faudra plus de mots, dire davantage de paroles pour compenser ce manque, que les résidents ressentent sûrement plus fortement que nous.

La vie en Foyer de vie ou Foyer d’Accueil a été confinée avant le confinement officiel et le reste après le déconfinement officiel… Plus de sortie hors du Foyer, c’est-à-dire ni piscine, ni restaurant, ni balade en ville ou dans un parc, ni courses, ni coiffeur… Plus de visite non plus, plus d’intervenant extérieur pour le chant, le théâtre ou les chiens… Plus de week-end en famille ni de visite des parents (certains ont fait le choix d’un retour en famille au début du confinement mais dans ce cas-là il n’y a pas de retour au Foyer… jusqu’à la « fin » du confinement). Des résidents ont dû garder la chambre ou porter un masque quelques jours : trop fragiles, ou suspicion/doute de contraction du virus. Et pour nous suspension des réunions (elles reprennent maintenant).

Alors, toutes ces mesures ? Positif puisque personne n’a été malade ! Bravo au personnel et aux résidents ! Mais c’est une épreuve : certains qui ont été confinés dans leur chambre ne mangeaient plus ; une résidente était en colère de devoir porter le masque et se frappait la tête contre le mur ; deux résidents qui étaient restés au Foyer sont finalement retournés en famille après quelques semaines… Comment comprendre et vivre cette absence de liens physiques avec la famille ? Un protocole est à l’étude pour que les familles puissent venir rendre visite, dans une pièce dédiée, avec un respect des distances… mais quelle frustration de ne pas pouvoir se toucher !

Et comment se faire proches en maintenant la « distanciation » requise ? « Non, on ne se sert pas la main »… mais oui, j’accepte de te donner la main pour une balade gratuite dans le couloir, et je prends la tienne pour t’accompagner à la gym douce. De toute façon, comme soignants, nous ne pouvons pas ne pas être dans le toucher ! Alors, lavage des mains sans compter…

Nous aspirons tous au jour où nous pourrons nous « démasquer » et nous voir à nouveau en face à face. Ce jour viendra et ce sera un jour de fête !