Odile a participé à la proposition des Auxiliatrices de « vivre la semaine sainte en confinement » – à défaut de pouvoir la « vivre tout en travaillant ». 18 jeunes se retrouvaient ainsi chaque soir avec des Auxiliatrices, par « Zoom ». Elle raconte.

Au temps où le confinement nous a pour la plupart pris par surprise et que nous avons tous assisté impuissants aux annulations successives d’événements auxquels nous nous réjouissions de participer, l’atmosphère semblait à la grisaille voire à la solitude. Je n’ai pu qu’assister, comme bien d’autres, aux changements radicaux que le confinement allait instaurer dans nos relations sociales. Aux annonces gouvernementales de la mi-mars a succédé la stupéfaction de voir ces expressions de « distanciation sociale » et « gestes barrières » se traduire par une sèche disparition des interactions naturelles de notre vie en Église.

Jeune professionnelle ayant la chance de vivre à Paris où l’Église nous offre une pastorale particulièrement active, je m’étais inscrite à la « Semaine sainte en travaillant » destinée aux jeunes de 20 à 35 ans chez les Sœurs Auxiliatrices. Les premiers jours de confinement ont laissé place à un grand silence et à une incertitude : comment imaginer mon cheminement vers Pâques quand mon environnement s’était soudainement rétracté en un petit appartement que j’habite seule plutôt qu’aux temps d’échanges et de prière commune avec d’autres jeunes dans le cadre privilégié de La Barouillère ?

C’est alors que j’ai découvert un visage d’Église que je n’avais pas encore eu l’opportunité d’apercevoir en temps normal : sa formidable capacité d’improvisation et de créativité numériques. Quelle surprise de recevoir la nouvelle des Auxiliatrices annonçant que, ne pouvant se résoudre à l’annulation pure et simple de cette Semaine sainte en présence des jeunes, les sœurs se proposaient d’expérimenter une « Semaine sainte à distance » ! A la surprise a succédé la perplexité : allais-je en recevoir autant ? Serais-je suffisamment à l’aise face à un écran pour atteindre la même qualité d’échange avec les autres jeunes ? Les topos arriveraient-ils à me nourrir autant que ceux que j’espérais initialement ? Encouragée par les mots d’Adrien Candiard de « partir en pèlerinage jusqu’à la salle de bain ou en procession jusqu’à notre chambre à coucher »,  je me résigne néanmoins à participer malgré tout, pensant que cela serait toujours mieux que rien. Le programme se composait quotidiennement d’un temps de prière le matin, d’une méditation guidée le midi, d’un topo le soir, suivi d’un partage en petit groupe.

Dans une telle démarche de mieux que rien,… quelle claque ne me suis-je pas prise chaque soir de la semaine ! Dès le premier soir, le topo sur le salut, d’une qualité rare, me rejoint et nourrit intensément ma réflexion sur la nature de Dieu et le mystère pascal. Et chaque jour, les topos, les textes pour la prière, les témoignages se succèdent voire s’égrènent avec une aisance numérique qui pourrait faire penser que nos Auxis nous dévoilent ici un de leurs talents cachés. La barrière de l’écran fond, la distance réelle s’évanouit pour laisser place à une réelle communion entre les participants, et les sœurs réalisant les topos ou les témoignages réussissent chaque jour à nous étonner par la lumière de leur enseignement et la justesse de leurs mots aux travers de nos écrans.

M’attendais-je à cela ? Clairement non. Je me suis laissé surprendre là où je pensais que le Seigneur ne pourrait me rejoindre. Trop d’obstacles semblaient s’élever sur la route de Pâques pour que je puisse goûter cette période intense de l’année liturgique ! Un Dieu en ondes Wi-Fi pour remplacer celui de l’eucharistie quotidienne du triduum pascal ?? L’expérience de cette Semaine sainte à distance, au souvenir désormais riche, intense et passionnant, me montre quelle erreur dans l’équation c’était de me poser la question en ces termes. Cette Semaine Sainte 2.0 restera unique pour le renouveau qu’elle m’a apporté. Si je ne croyais pas pouvoir vivre grâce au support numérique la même intensité spirituelle qu’initialement prévue, j’ai néanmoins reçu tellement que cette montée vers Pâques me fera longtemps sentir petit pèlerin d’Emmaüs ne reconnaissant pas de prime abord le Seigneur et au cœur brûlant dans la lumière de Pâques devant la révélation de Sa présence.

Voir aussi le témoignage de Servane