Servane relit son expérience d’une « Semaine sainte hors du commun » – « la semaine sainte tout en confinement » proposée par les Auxiliatrices – et nous en partage ses fruits durables.

Cette année, j’ai répondu à la proposition des sœurs Auxiliatrices de faire une retraite de « Semaine Sainte tout en confinement », une mise au goût du jour de la traditionnelle Semaine Sainte tout en travaillant, que j’avais eu la chance de pouvoir suivre trois ans auparavant. Entre-temps j’avais, grâce à cette retraite, découvert le parcours Déclic, fait une année de discernement à travers ce parcours, changé de métier, de ville, de pays… Autrement dit à la fin du mois de mars dernier, depuis mon écran en Normandie, je n’étais pas prête à vivre la même chose que chez les Auxiliatrices à Paris trois ans plus tôt. Et il était temps à nouveau pour moi de me laisser accompagner par les « sœurs du Samedi Saint », de la transition, de l’espérance, de l’entre-deux… entre mort et vie, entre doute et foi, ombre et lumière. Depuis quelque temps, j’avais grand soif d’une halte spirituelle, et voilà que j’étais tout à coup bien équipée avec la Parole pour boussole, St Ignace pour mode d’emploi et une connexion internet pour pouvoir s’unir par la pensée, mais aussi par les sens et dans l’échange, à d’autres frères chrétiens, durant ce moment si fort que représente pour nous la montée vers Pâques.

Nous nous sommes retrouvés à une vingtaine sur zoom, le dimanche des Rameaux, et c’était parti pour une semaine de rencontre, chaque jour, en grand et petits groupes. Une rencontre, sur le net ? Un peu curieux, certes, de ne pas se voir en chair et en os avant de s’ouvrir les uns aux autres et de partager ensemble les fruits spirituels de nos temps de prière et de notre chemin vers Pâques. Pourtant, avec la communion d’âme et d’esprit que permet le dialogue instantané en ligne, associant l’image au son, nous avons formé, dans mon petit groupe, un véritable petit cocon non moins spirituel que virtuel, où il faisait bon se retrouver pour échanger, sortir de notre solitude et s’ouvrir à d’autres. Nous avons tant apprécié l’expérience que… nous l’avons prolongée !

Durant tout le confinement après Pâques, nous nous sommes retrouvés en conférence virtuelle une fois par semaine pour continuer de vivre ensemble un temps de lecture contemplative. Nous avons ensuite sauté sur la première occasion de retrouvailles physiques à la sortie du confinement, étant par chance, tous ou presque, parisiens. Est-ce que ce rendez-vous en chair et en os annonçait la fin de nos temps de prière en ligne ? Pas du tout ! Car s’il est vrai que le confinement nous empêchait de nous rendre en un lieu commun, la vie quotidienne qui a repris progressivement et les mille lieux que nous parcourons à nouveau, nous retiennent parfois aussi de pouvoir nous donner rendez-vous tous quelque part, après comme avant le confinement. Le désir de poursuivre nos rencontres en ligne s’est alors très naturellement imposé.

Pourquoi ce désir ? Pour tout ce que cet espace d’échange et de prière éclaire dans notre semaine, et pour tous les cadeaux que nous nous offrons, même à travers l’écran et la distance géographique. Étonnamment, cette absence de lieu à travers les technologies (nous ne partageons que l’horaire, mais pas de lieu de rendez-vous) ne nous prive pas de l’espace que crée la communion entre frères et sœurs. Croisant les retours que nous nous donnons de temps en temps, je retiens que ce temps de lecture contemplative nous offre une occasion particulièrement unique d’écoute intérieure de la parole de Dieu, d’écoute de nos frères et sœurs, qui en ont une expérience différente et très enrichissante à recevoir, une occasion aussi de dire et de donner, sans crainte d’être jugé, une espérance, un doute, une prière qui nous vient du cœur ou encore une question qui nous travaille, à l’abord d’un nouveau (ou pas du tout nouveau !) texte. Il n’y a aucune place pour l’ennui ou la lassitude, mais bien plutôt un débordement de joie chaque semaine, car chaque texte nous surprend personnellement et collectivement. Il n’y a pas une fois où je ne sois surprise par une phrase de l’un ou l’autre, réjouie par la simplicité d’un sourire ou d’une expression, apaisée par la prière et la louange que permet cette petite communauté, depuis le premier jour. Et nous nous sommes élargis à d’autres frères et sœurs qui ont souhaité nous rejoindre… y compris depuis la Thaïlande ! À taille néanmoins très intime (nous restons trois à sept membres chaque semaine), nous avons ainsi découvert, avec la proposition des Auxiliatrices durant le confinement, une autre manière d’être réunis en Son nom.

Durant la Semaine Sainte, le témoignage d’une sœur auxiliatrice a marqué l’ensemble du groupe : nous formons, disait-elle, une communauté des espérants, où chacun se relaie pour porter les autres. Chacun est responsable de continuer à espérer quand l’un ou l’autre, en route et dans sa mission, manque un peu d’énergie, de souffle, voire de foi. J’ai trouvé dans ce témoignage un écho très fort de ce que j’ai vécu non seulement durant le confinement mais aussi les mois précédents, durant les grèves et les différentes épreuves rencontrées dans ma vie ces dernières années. L’écho a paru très partagé par tous, et le petit groupe que nous formons a confirmé notre appel à vivre les uns pour les autres, en nous soutenant à la proportion que permettent nos emplois du temps et notre mobilité : nous avons désormais une vraie petite communauté des espérants… Un fruit tout droit sorti du confinement de cet étonnant printemps. Et nous ne nous passerions plus de ce beau cadeau, qui a largement dépassé nos espérances !

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