Avec Félicité, du Rwanda, Marie a accompagné à Lourdes un groupe de 9 sœurs chinoises appartenant à notre famille Auxiliatrice. « Un groupe ? Peut-être, au départ ; mais, très vite, nous sommes devenues une communauté, des sœurs », précise Marie. « Quelque fois, on entend dire que ce sont nos cousines. Peut-être. Mais, maintenant, pour Félicité et moi-même, ce sont des sœurs ; nous sommes sœurs. C’est l’un des fruits de l’expérience. »

« Car Lourdes, lieu de pèlerinage, est essentiellement un lieu d’expériences : expérience d’une Présence, expérience d’une Rencontre, expérience de rencontres. Lourdes, c’est le lieu où on ne passe pas ; car on y éprouve le besoin de demeurer, de retourner sans cesse… à la grotte, au chemin de croix, aux fontaines, au chapelet, aux processions… Selon ce que l’Esprit dit au cœur.

Comme toute communauté, nous avions des temps communs : le matin, on quittait l’hôtel ensemble, direction l’enceinte des sanctuaires avec, pour lancer la journée, le Salut au Calvaire à l’entrée de la Porte Saint Michel (courte prière, chants…). Ensemble, la messe quotidienne, la procession et/ou l’adoration eucharistique dans l’après-midi, la procession mariale le soir ; la visite au cachot et la grimpée du Chemin de croix des Espélugues ; l’offrande des cierges à la chapelle ardente avec prière et chants. Enfin, les repas bien sûr, avec au cours du dîner, partage de ce que nous avions vécu. Oui, un vrai partage malgré la barrière des langues. Maria a fait un magnifique travail d’interprète ! Mais la plupart du temps, communication non verbale, par des rires, des sourires, des regards, et d’innombrables gestes des mains à l’appui. C’est ainsi que nos partages allaient forcément à l’essentiel !

Comme toute communauté, nous avions aussi beaucoup d’espaces « libres », seule, à deux ou trois… Quotidiennes (et même un peu plus) stations à la Grotte, pour contempler la Source (retour à notre baptême), s’appuyer au rocher (« Dieu, mon Roc, mon salut ! »)… Récitation du chapelet de 15h30 en communion avec les milliers de personnes de par le monde qui suivent quotidiennement cette émission retransmise sur les radios chrétiennes… Passages aux fontaines : « Allez boire à la fontaine et vous y laver… »… Là encore tous les jours, et plusieurs fois par jour. Pauses bienfaisantes au bord du Gave ; contemplation, repos…

Fred, l’hôtelier, m’a dit que lorsqu’il arrivait le matin à 5h30, plusieurs d’entre nous partaient déjà pour les Sanctuaires… pour revenir discrètement, bien à l’heure, pour le petit-déjeuner.

Lourdes, c’est ainsi l’alternance foule, solitude… Quelques temps forts.

Lors de la première de nos Eucharisties « communautaires », à la basilique du Rosaire, le diacre vient demander à deux d’entre nous de donner la communion. Quelle joie pour ces deux-là ! Dans leur diocèse, là-bas en Chine, les femmes ne donnent jamais la communion. Pour elles, c’était donc la première fois.

Procession mariale… A peine arrivées, par hasard (?) nous rencontrons sur l’esplanade la responsable du chapelet du soir : une payse de la lointaine Chine ! Et nos neuf sœurs sont invitées à faire entendre le Je vous salue Marie dans leur langue au cours de la procession mariale du soir. Le chapelet du soir ! Un festival de langues, aux sonorités si diverses, parfois si étranges. Non, ce n’est pas Babel. Cette symphonie linguistique nous rend si proches les uns des autres, nous faisant communier dans une même et unique prière.

Procession eucharistique. Quelle foule ! Compacte, serrée, par devant, par derrière, sur les côtés… avançant comme un troupeau ; en vain le service d’ordre a-t-il essayé de nous faire aller par lignée de cinq à six personnes ! Un troupeau ! Mais étrangement silencieux. Du moins ce jour-là. Rien. On n’entend rien, sinon le glissement des pas sur l’asphalte. « Comme une brise légère… ». Prière des pieds… Impressionnant silence. »

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