Depuis 2014, je suis bénévole au Secours Catholique pour donner des cours de français aux étrangers. Les personnes que nous accueillons sont d’origine, d’âges et de niveaux très divers. Nous avons tous les cas de figure : depuis des personnes n’ayant jamais été scolarisées dans leur pays et sachant ou non parler français, jusqu’à des personnes ayant fait des études supérieures dans leur pays (ingénieurs, dentistes…).

La plupart sont en attente de régularisation ou déboutés du droit d’asile et sont dans une situation très précaire, vivant soit chez des compatriotes, soit en centre d’hébergement, elles ont souvent des enfants scolarisés. Nous donnons des cours particuliers d’1h à 1h30, une fois par semaine.

Je suis toujours touchée par l’énergie et le courage de ces personnes qui sont dans des situations très difficiles, mais qui ne baissent pas les bras. Et le cours de français est bien sûr important pour elles pour se débrouiller dans la vie quotidienne, mais c’est aussi un moment où nous pouvons les écouter, les soutenir, les encourager.

Par exemple :

Mme A. était dentiste ayant exercé 10 ans dans son pays. Elle était sans papier, donc sans droit au travail, logeant avec son fils de 7 ans, sa mère et son frère handicapé mental, chez des compatriotes et se nourrissant avec les restos du cœur. Elle est arrivée sans savoir le français. Un jour, la personne qui les hébergeait a déménagé. Ils risquaient donc de se retrouver à la rue. Elle s’est battue pour obtenir un petit appartement, elle a fini par obtenir des papiers pour 10 ans pour elle et son fils. Elle voulait pouvoir exercer son métier en France, mais il fallait qu’elle reprenne des études pour valider son diplôme, donc entrer en université. Et pour cela il lui fallait le niveau B2 en français. Elle a travaillé d’arrache-pied et a pu obtenir cet examen. Malheureusement, après quelques mois à l’université, elle n’a pas été retenue et n’a pas pu poursuivre. Cela a été une grosse déception pour elle. Elle suit une formation en cours d’emploi pour être assistante dentaire.
Pendant tout ce temps, plus de 3 ans, je la rencontrais chaque semaine pour le cours de français. Des liens se sont tissés, la confiance et l’amitié ont grandi et nous sommes devenues des amies. Ce moment de rencontre était pour elle indispensable pour tenir le coup au milieu de cette situation si éprouvante. Maintenant, elle n’a plus besoin de cours, mais nous sommes restées en lien.

Mme B. n’avait pas été scolarisée, mais se débrouillait assez bien pour parler français car elle vient d’un pays francophone. Elle est avec son fils de 11 ans, elle est déboutée du droit d’asile. Ils sont logés en centre d’hébergement, dans un appartement qu’elle partage avec une autre femme avec 2 enfants. Elle veut pouvoir suivre l’éducation de son fils, c’est ce qui la motive pour apprendre à lire et à écrire en français. Mais dans la situation qui est la sienne, avoir l’esprit assez libre pour suivre les cours, travailler entre les cours, est parfois impossible tellement les soucis la submergent. Malgré tout, elle vient pour trouver un peu de réconfort et de courage. Elle a tout de même fait beaucoup de progrès et peut lire et écrire assez bien maintenant.

Mme C., elle, était déboutée, à la rue avec 3 enfants. Elle avait été peu scolarisée dans son pays. Elle avait beaucoup de mal à être régulière en cours tellement sa situation était difficile. Elle était absente 2 fois sur 3, mais me suppliait de pouvoir continuer car cela lui donner un espace de parole. Malheureusement, j’ai dû lui dire que ce n’était plus possible, car nous avions d’autres demandes de cours.

Ces 3 exemples montrent combien ces temps d’accueil dépassent la simple demande de cours de français. C’est l’occasion d’un réel accompagnement fraternel, de soutien, qui permet à la personne de tenir dans les épreuves et de garder l’espérance. Et moi, je suis dans l’émerveillement devant l’énergie et le courage de ces personnes qui, malgré les conditions dans lesquelles elles vivent et les difficultés de toutes sortes, continuent à se battre, à vivre et à sourire.