Les Amis des Auxiliatrices ont réfléchi sur ce sujet en relisant un vieux texte du XVIe siècle tiré des Exercices de St Ignace – « Règles pour sentir avec l’Eglise » – lors d’une rencontre des 2 groupes du Nord et du Sud, les 22 et 23 février.

Aujourd’hui, qui d’entre nous n’est pas atteint dans son appartenance et son amour de l’Eglise, dans sa confiance même en elle peut-être ? Nous sommes bousculés par certains nouveaux courants et interrogatifs sur l’unité de l’Eglise. Nous sommes étonnés de certains changements dans la liturgie, qui nous paraissent être des retours en arrière. Nous souffrons des révélations massives des abus, sexuels ou d’emprises de toute sorte, du cléricalisme et de la difficile reconnaissance des femmes dans l’Eglise… Alors, est-ce que ces « règles » proposées par Ignace peuvent nous aider « pour avoir un vrai sens de l’Eglise » ?

Sylvie Robert a tenté d’éclairer le groupe en développant 3 points à partir du texte d’Ignace :

  • L’Eglise en son mystère. L’Eglise, elle se voit, très concrètement : des lieux, des pratiques, des ministres ; elle se voit du dehors, y compris avec ses failles. Mais elle est à faire, dans le monde tel qu’il est ; il ne s’agit pas de se contenter de la regarder de l’extérieur, mais c’est une Eglise « militante », dans laquelle on retrousse ses manches et qui est confrontée au combat de la foi et de l’annonce de l’Evangile. A cette Eglise, Ignace donne des titres majestueux, « notre sainte Mère », « la véritable épouse du Christ notre Seigneur » : nous recevons d’elle le baptême, la vie nouvelle, des éclairages pour notre vie ; elle ne se comprend qu’en relation à nous et en relation au Christ. Et c’est une Eglise ordonnée, où tout le monde n’est pas à la même place. L’Eglise, c’est un mystère d’incarnation.
  • Du « sentir et goûter les choses intérieurement » au sentir ecclésial. Ignace n’invite pas à contempler l’Eglise, il invite à « sentir » de manière juste en elle et avec elle. La spiritualité ignatienne nous apprend à « sentir et goûter les choses intérieurement » ; c’est ce même sentir intérieur que nous pouvons avoir avec et dans l’Eglise : la vivre comme le milieu, au sens écologique, où peut se faire la rencontre de Dieu ; la regarder à partir de l’intériorité que développe la relation à Dieu, l’appréhender à partir de l’invisible qui lui donne son mystère ; y vivre en communion notre rencontre la plus personnelle et singulière avec Dieu.
  • Les dispositions qui façonnent un vrai sens de l’Eglise. Pour cela il nous faut cultiver une disposition à obéir, un esprit de louange, travailler à la santé de l’Eglise, passer de voir à croire et du je au nous. Dans l’Eglise comme en tout, il s’agit de cheminer « pour parvenir à l’amour ».

En conclusion, elle relève deux appels :

  • Pour un Eglise spirituelle : Sans faire de l’Eglise une organisation et sans en sacraliser les ministres ou les pratiques, en retrouver le mystère et la vivre comme ce mystère d’incarnation.
  • Pour une spiritualité vraiment ecclésiale. Aujourd’hui, tend couramment à dominer un « spirituel » qui vise l’intériorité mais sans vis-à-vis ni communauté, tout au plus une connivence avec le cosmos. Nous avons à retrouver la dimension ecclésiale de l’expérience spirituelle.

« Et dans la situation douloureuse mais vigoureuse dans laquelle nous sommes en Eglise aujourd’hui, il est évident que ces règles ne disent et ne font pas tout ; mais elles nous invitent :

  • À regarder l’Eglise et particulièrement ses pasteurs comme des médiations, rien que des médiations.
  • À chercher en Eglise, en quelque visage qu’elle donne, comment nous y sommes conviés à chercher et trouver Dieu lui-même – ce qu’il déplace dans nos regards, ce à quoi il nous invite.
  • À travailler à la santé de l’Eglise – c’est-à-dire à avoir sans cesse le critère de l’annonce de l’Évangile comme critère principal.
  • À ajuster notre parole – le courage de dire, et de dire au bon lieu, là où remède peut être porté. »

Pour aller plus loin, lire l’article de Sylvie Robert dans Christus n° 257 de janvier 2018 : Pour avoir un vrai sens de l’Eglise