Pourquoi devenir imam, rabbin ou religieuse ?

Tel est le titre de la table ronde pour laquelle l’association Coexister a sollicité Laure en juin : « Pourquoi devenir imam, rabbin ou religieuse ? » Avec l’interrogation de fond : qu’est ce qui fait qu’un(e) jeune trentenaire choisisse aujourd’hui ces voies singulières ?
Récit de Laure et témoignages de deux participants.

L’événement pour lequel j’ai été contactée est une table ronde avec un imam et un rabbin, pour parler de notre chemin, de ce qui nous a poussés, chacun, à choisir cette voie. Nous étions invités à partager notre histoire et les raisons de ce choix en 20 minutes chacun, puis un temps de questions et d’échange était proposé. Le tout se déroulait au Kawaa, bar associatif à Paris, pour une soirée de 2h.

Ce fut un moment très sympathique, même si nous n’étions finalement pas si nombreux (20-25 personnes). Après avoir entendu nos histoires respectives, j’ai été marquée d’une différence dans ce que nous avions choisi de partager. Alors que j’ai opté pour un partage assez personnel sur le « pourquoi » de cet engagement, l’imam puis le rabbin ont partagé des éléments plus factuels sur le « comment » et leur partage fut en fait assez court : ils choisissent de séparer ce qu’ils disent au pupitre dans le cadre de leur fonction et ce qu’ils vivent de leur foi personnelle qui soutient leur engagement. Ceci se comprend probablement, entre autres, à partir de la fonction associée à nos choix : une différence fondamentale est qu’eux ont des fonctions dans leurs institutions respectives, que moi je n’ai pas. Le rabbin est actuellement en train de créer sa communauté, et il a lui-même comparé cela à une création d’entreprise, son engagement est pleinement son métier. De son côté, l’imam est professeur de technologies, c’est de cela qu’il vit ; être imam s’est imposé comme une évidence dans son chemin depuis les cours à l’école coranique de son enfance jusqu’à ce jour, non comme un métier mais comme un service dans sa communauté. Pour le reste, le désir de rejoindre nos contemporains dans ce qu’ils vivent d’heureux ou de plus difficile, de cheminer avec eux dans les étapes de la vie sont des points communs qui nous animent tous les 3.

Je suis ressortie de cette table ronde marquée par des points communs dans nos parcours, par le désir de faire connaître Dieu par nos choix de vie, mais aussi avec cette grande différence dans la question de la fonction. Si les questions envoyées en amont pouvaient orienter sur la fonction/le métier, la question sous-jacente était de sentir ce qui nous a poussés à faire des choix qui peuvent paraître radicaux et originaux. Les échos que j’ai eus à la fin montraient que les participants étaient touchés par le partage de fond et l’invitation à écouter son cœur, indépendamment de la forme que cela peut prendre ensuite, et ils m’ont remerciée. Cela a souligné pour moi la chance de la gratuité offerte par le choix des sœurs auxiliatrices : je suis sœur non pour « faire » mais pour « être », cela ne « sert » à rien d’être sœur, si ce n’est à écouter mon désir profond et à devenir moi-même, ce qui est le plus beau cadeau !

Pour conclure, cette table ronde rapide et très générale m’a donné envie de poursuivre la connaissance de nos points communs et de nos différences avec les juifs et les musulmans, d’apprendre à nous connaître toujours plus pour nous nourrir mutuellement. Nous avons échangé nos coordonnées, qui sait si d’autres occasions se présenteront ?

Coexister est une association aconfessionnelle qui promeut le vivre ensemble et invite à discuter en « étant d’accord que nous ne sommes pas d’accord » et à entrer dans la rencontre et le dialogue de différentes confessions religieuses, et tout type de spiritualité. Leurs actions sont de 3 types : agir (maraudes), rencontrer (visite de différents lieux cultuels), sensibiliser/former (auprès des jeunes notamment, sensibiliser à la loi sur la laïcité).

En savoir plus : https://www.coexister.fr/

Ce mercredi 22 juin 2022 j’ai été invitée par ma cousine. J’y suis allée par curiosité d’en apprendre plus sur son chemin mais également pour m’ouvrir le cœur à d’autres religions.
J’ai trouvé ces témoignages tous aussi riches les uns que les autres. Je me questionnais beaucoup sur leur quotidien, la façon dont ça les rend heureux, comment ils gagnent leur vie, comment ils en sont arrivés là, leur projet d’avenir, etc. Leurs discours m’ont montré à quel point ils sont épanouis et à quel point leur quotidien de vie n’est jamais pareil. J’ai également été marquée par la diversité entre chacun mais aussi le lien qui les unit.
Emma, cousine de Laure

Ce n’était pas la première fois que j’avais la chance de parler des vocations mais c’était la première fois avec une Sœur Auxiliatrice. Je ne savais pas à quoi m’attendre, et j’ai vraiment été touché par la simplicité, la beauté et la joie que Laure nous a transmises.
Une des plus belles phrases du témoignage qui a résonné en moi c’est : « Pas besoin d’être religieuse pour suivre le Christ. Mais il était temps pour moi, Laure, d’ouvrir la porte ! »
En tant que chrétien catholique, j’avais déjà une idée de la vocation et de la vie religieuse et bien je me trompais ! Je pensais que la vie religieuse c’était forcément une vie “cloîtrée en silence”. Et forcément, en écoutant Laure ça a bougé : elles suivent le Christ mais gardent “un pied” dans le monde du travail, et c’est un peu comme la vie en coloc’.
En tout cas je remercie Laure pour sa simplicité, sa joie de vivre et son témoignage !
Loïc (Coexistant)