Geneviève a été touchée par un article de La Croix du 16 septembre qui faisait état du nombre d’enfants qui dormaient dans la rue avec leurs parents. La situation des enfants à la rue est d’une gravité inédite, tous les acteurs sociaux le disent. A la fois tout enfant sur le territoire français a le droit à la scolarisation, donc à un développement humain, et d’un autre côté, ce droit au développement est nié par le fait de n’avoir pas de toit…

Cette réalité a soudain pris chair pour elle en écoutant une sœur de sa communauté, médecin scolaire, rentrant du travail.

« Elle était bouleversée, nous raconte Geneviève, par ce qu’elle venait de vivre lors d’une visite médicale avec un papa africain débouté de son droit d’asile et ses deux petits enfants (l’un de 5 ans en grande section de maternelle et une petite fille de 2 ans non scolarisée). Elle nous a partagé d’abord dans la prière puis plus longuement une situation qu’elle n’avait pas encore croisée avec cette intensité. Ce papa très digne était là pour une visite médicale de son aîné, sa femme étant encore à l’hôpital pour 15 jours avec son nouveau-né. Le petit garçon qui a vécu dans un CADA pendant deux ans avait été scolarisé et montrait une très belle acquisition des compétences qu’un petit doit avoir pour passer au cours préparatoire. Il allait bien, était tonique, intelligent. Sa petite sœur qui ne parlait pas français couramment répétait tout ce que son frère disait en français avec application. Bref, tout semblait bien, sauf que, par l’assistante sociale, Corinne apprenait que cette famille vivait à la rue. La maman bénéficiait d’un répit pour sortir de l’hôpital afin d’éviter de mettre un nouveau-né à la rue. Mais le clou de la journée, c’est que Corinne apprenait que sur un seul des groupes scolaires dont elle a la charge, on comptait ainsi 8 enfants sans domicile ! »

Cet exemple raconté par une sœur en mission dans le nord de Paris ne forme que la face émergée de l’iceberg. « Le système est totalement saturé », disait expressément dans La Croix Éric Pliez, président du Samu social de Paris, qui gère le 115. « Pour vous donner un exemple, le 10 septembre, on a enregistré 1 000 personnes en famille dont 300 à 400 enfants qui ont appelé le 115 pour avoir un hébergement et à qui nous n’avons pas pu trouver de solution. Et c’est à peu près comme ça depuis le mois de juin. » Deux jours plus tard, c’étaient carrément 1 300 personnes en famille qui n’ont pas eu de toit. Et c’est sans compter tous ceux qui n’appellent pas le 115. Chaque nuit, à Paris, près de 500 enfants dorment dans la rue, trouvent refuge avec leurs parents dans les services d’urgences d’hôpitaux, ou, pour les plus chanceux, chez des tiers, faute de places disponibles auprès du 115.

« Pour notre sœur médecin et son petit garçon africain qu’elle venait de voir, une telle situation était la condamnation d’une famille qui allait bien et l’impossibilité pour cet enfant de se développer normalement. Comment accepter un destin aussi cruel dont le simple constat justifierait, à lui seul, un état d’urgence ? Il fait pourtant l’objet d’une relative indifférence. Un enfant pauvre, c’est la plupart du temps invisible. On le sait, cette précarité extrême laisse des traces profondes chez les enfants. Les études sont là, qui alertent sur les conséquences sociales et psychologiques d’un tel mode de vie. L’enquête menée en 2013 par l’Observatoire du Samu social de Paris rapportait des états de santé très préoccupants : 20 % des mineurs présentaient des troubles de santé mentale et plus de 80 % avaient un retard du développement. La majorité des familles souffrait de malnutrition. »

Que faire ? Faut-il faire partie du réseau Hébergeurs citoyens ? Est-ce la solution ? Comment interpeller la paroisse ? Faut-il interpeller la vie religieuse ? Les communautés religieuses pourraient-elle représenter un réseau hébergeur citoyen ? Comment être ensemble des témoins d’Espérance ? Autant de questions que la communauté se pose depuis que ce récit les a touchées.