Restaurer un Crucifix

Les 3 novices se sont laissé toucher par le Christ offert à nos regards au bord de la route : il est comme un lépreux sur sa croix en bois, elle aussi bien abîmée. Il n’est pour autant pas abandonné : des fleurs et des veilleuses allumées en permanence témoignent de la prière des passants. Laure raconte comment les novices en sont venues à désirer le « restaurer » et lui redonner sa dignité à l’occasion du Triduum pascal.

La Christ tel qu’il était avant sa restauration

Depuis que nous sommes arrivées à Cergy, nous découvrons des calvaires, des crucifix ou des statues à différents coins de rues, dans la ville ou dans le Vexin. En plus ou moins bon état, certains sont lieu de prière, comme celui devant lequel nous passons parfois en communauté lors de balades dominicales. Clairement délabré, ce lieu est pourtant habité. « Un jour, il faudrait le restaurer » se dit-on à chaque fois. Oui, « un jour »…

Confinement – Semaine Sainte : ne serait-ce pas « le jour » ?

L’une suggère, j’hésite, la troisième est motivée. « En équipe, cela peut être sympa » me dis-je. C’est comme ça que j’ai rejoint la motivation de mes co novices. Chacune avec ses talents. Ilaria fait l’inventaire du matériel à disposition. Marie commande ce qu’il manque. Et moi, je me lance dans les démarches officielles, en pensant à Marie de la Providence qui dépavait les rues pour son Seigneur. Après tout, pourquoi pas ? Chacune prend sa part, quand elle a le temps, selon ses appétences, et tout se fait de manière très limpide. En 3 jours, grâce à Betty et son réseau nous donnant une porte d’entrée à la mairie, nous avons un retour officiel : « En 30 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça. Je m’engage à vous fournir les autorisations bien vite. Et vous devriez commencer dès mardi, tant qu’il fait beau » nous répond-on. De fait, le papier demandé vendredi arrive lundi. En quelques jours donc, les autorisations sont obtenues, le matériel acheté, le plan est d’attaque.

1ère étape : le ponçage

Une demi-journée de ponçage toutes les 3, sous les encouragements sympathiques d’Anne-Laurence. L’une attaque en tapant, la deuxième en grattant, la troisième au papier de verre. Chacune sa technique, toutes à l’huile de coude (car oui, bien sûr nous avons refusé tout produit toxique). Visages protégés, nous frottons ! Armées de vinaigre blanc et de bicarbonate, nous laissons reposer le décapant de grand-mère toute la nuit. Antirouille le lendemain. Première couche en silence avec Ilaria le vendredi Saint, deuxième couche pour Marie le Samedi. Puis finitions (ça, c’est la tâche de Marie). Tout du long, des personnes s’arrêtent, un peu intriguées : nous prions avec un médecin qui vient

Après la couche d’antirouille…

confier une patiente atteinte du covid. Nous entendons parler de personnes qui se sont mises à venir là avec le premier confinement. Nous témoignons, nous présentant et parlant avec ceux qui se confient. Cerise sur le gâteau, Ilaria peint la barbe, motivée jusqu’au bout ! Car oui, la statue avait une barbe, découverte en décapant.

Et voilà, nous avons tout simplement remis ce Christ en état, « pris soin de lui », en vivant le triduum Pascal. Depuis, des paroissiens nous remercient, certains nous suggèrent d’autres travaux, et le Christ est toujours fleuri et habité.

Ce n’est pas grand-chose, ce fut peu coûteux ainsi en équipe, et bon. Il est beau !

Après la restauration…

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