Isabelle Le Bourgeois médite sur ce Samedi saint spécial en cette période de confinement, d’attente, d’entre deux… Il est comme un pont de silence…

Pont de silence, suspendu entre deux rives.
L’une réelle, tragique, la mort de Jésus.
L’autre impensée, inouïe, irréelle… la résurrection de ce même Jésus.
Quelques heures, offertes par la liturgie, vont-elles suffire pour passer de la passion à l’alléluia triomphant et joyeux de la nuit de Pâques ?
Pont de silence suspendu entre deux rives, au-dessus du vide, tel est le samedi saint.
Depuis les disciples sur la route d’Emmaüs, nous savons que Jésus ressuscité n’est pas une évidence. Sa mort semble avoir englouti les projets et les rêves. Déception, amertume, tristesse, les sentiments expriment leur incompréhension devant ce que Jésus leur avait prédit.
Le temps s’est arrêté.
Nous sommes, nous aujourd’hui, en période de covid19 et le virus a tout balayé sur son passage. Il impose l’arrêt, borne l’espace, subitement et drastiquement réduit. Il dicte le rythme du temps et celui des relations. Il impose le silence car nous ne savons rien de ce qui va se passer et même de ce qui se passe déjà.
Nous sommes entraînés malgré nous et avec nous sur ce pont entre deux rives.
L’une était la vie d’avant, l’autre sera celle qui n’est pas encore écrite.
La mort à nos portes travaille notre foi et sollicite nos ressources les plus intimes. Quid de l’espérance de la foi en la Vie ?
Et voilà que, semaine sainte oblige, nous sommes devant l’obstacle.
Pont de silence.
Et nous avons peur, peut-être, car le samedi saint nous remet dans le silence. Un silence profond, dense, inconfortable depuis que nous avons laissé Jésus mort et enseveli. Silence.
Et si ce silence nous mettait devant l’inimaginé ?
Jésus, tandis que nous doutons, descend dans les profondeurs de nos cloaques, de nos souffrances, de nos cimetières. En silence, il opère l’inouï, restaurer en nous la Vie. De cette plongée au cœur du mal, Jésus revient vivant entraînant avec lui chacun de nous.
La contemplation de cette œuvre immense, aussi silencieuse que la fleur qui pousse, nous est offerte dans le silence du samedi saint.
Il nous faut pour cela traverser le pont.
Et là ? Mystère offert à chacun et chacune dans le secret de son cœur.