Sur les pas de la fondatrice

Un jour froid de décembre, la communauté du noviciat est partie en pèlerinage sur les pas d’Eugénie Smet à Paris…

Cette déambulation nous a fait revivre les premiers jours, semaines et mois de la fondation de notre congrégation. Nous avons pu éprouver un peu de l’intérieur les sentiments qui habitaient Eugénie : alternance de doute et de confiance, désir d’avancer et de revenir en arrière, demande de signe et effondrement des « preuves » qui l’ont fait venir à Paris… La biographie écrite par Thérèse de Soos a bien accompagné notre parcours.
Dans notre pèlerinage, tout a commencé le 19 janvier 1856 lorsqu’Eugénie a débarqué, venant de Loos dans le Nord, en plein cœur de Paris au 22 rue Saint Martin, dans un petit appartement pauvrement meublé…
Marie-Anne commente : « La rue Saint Martin porte encore la trace des maisons qui ont été démolies pour l’élargir au temps de Haussmann, c’est-à-dire de Marie de la Providence. On devine l’étroitesse des rues antérieures et le chantier contemporain à son arrivée à Paris, sans compter l’immeuble du 22 rue Saint Martin qui est toujours debout. Marie de la Providence est arrivée de la campagne et est tombée dans ces travaux. »

Devant l’immeuble du 22 rue Saint Martin, en grands travaux suite à un incendie il y a quelques années.

Dans l’église Saint-Merry nous évoquons les liens d’Eugénie avec l’abbé Largentier et l’abbé Gabriel.

À quelques pas de là, l’église Saint-Merry nous évoque deux figures :
  • Son vicaire, l’abbé Largentier, avec qui elle avait été en lien épistolaire et qui l’a fait venir à Paris pour rejoindre un petit groupe de femmes avec qui commencer la congrégation. Mais évoquer l’abbé Largentier, c’est faire mémoire des difficultés des premières semaines : elle et lui ne voient pas les choses de la même manière. Largentier est très pragmatique et veut les embarquer dans l’enseignement. Eugénie voit la visée : la gloire de Dieu et les âmes du purgatoire. Pour les questions pratiques, elle compte sur la Providence. Il voit une congrégation utilitaire. Elle voit une congrégation spirituelle. Leur lien n’a pas duré. Au bout de 4 mois, le 19 mai, ils se sont séparés.
  • Son curé, l’abbé Gabriel. C’est lui qui lui obtient rapidement un rendez-vous avec l’archevêque, Mgr Sibour (le 22 janvier). Celui-ci lui demande si elle a des ressources et une maison pour la communauté naissante. Elle répond qu’elle a confiance en la Providence… et cela suffit à convaincre Mgr Sibour qui lui donne sa bénédiction !
En route vers Notre-Dame-des-Victoires, la pause déjeuner dans un restaurant chinois nous fait faire un saut dans le temps et nous nous retrouvons en 1867 quand Marie de la Providence envoie les premières sœurs en Chine…

Pause dans un restaurant chinois… La Chine, bien sûr, les « extrémités de la terre », première destination des Auxiliatrices hors de France, en 1867 !

Neuvaine à Notre-Dame-des-Victoires, commencée le 20 janvier 1856.

La basilique Notre-Dame-des-Victoires. Eugénie vient y prier le lendemain de son arrivée à Paris et chacun des jours suivants pour une neuvaine. Enjeu de la neuvaine : rester à Paris pour cette fondation ou rentrer à Loos chez ses parents ! Les premiers jours sont rudes !
Nous allons ensuite à l’Abbaye-aux-Bois, rue de la Chaise, où réside Madame Jurien, une femme originale qui a beaucoup aidé matériellement la nouvelle communauté. Eugénie se rend chez elle dès le 26 janvier. Madame Jurien lui fait très vite rencontrer un Dominicain, le père Aussant, le 28 janvier. Il sera pour elle un guide pendant ces premiers mois difficiles.
En remontant la rue de Sèvres, nous nous arrêtons à l’église St Ignace. Nous faisons mémoire des deux jésuites qui l’ont accompagnée un peu plus tard, les pères Basuiau (de 1858 à 1865) et Olivaint (de 1866 à 1871). Ils ont contribué à la marque ignatienne de la congrégation.
Nouvel arrêt, à l’église des Lazaristes. Eugénie est venue y prier et chercher lumière et force devant le Saint-Sacrement, déjà pendant sa première semaine parisienne.
Enfin, suivant les conseils du père Aussant à Eugénie, au mois d’avril 1856, pour trouver une maison, nous avons remonté la rue du Cherche-Midi pour entendre cette parole intérieure « tourne »… et découvrir la maison de La Barouillère, sans son écriteau de l’époque : « Maison à vendre ou à louer ». Après quelques péripéties, c’est là que les Auxiliatrices emménagent le 30 juin, à peine 6 mois après la fondation. Et elles y sont toujours, 165 ans plus tard…

« En arrivant à l’angle de la rue de la Barouillère, elle ressent l’ordre donné : ‘Tourne’. »

« Et elle se trouve devant le numéro 16 : ‘maison à vendre ou à louer’. »

Le pèlerinage se poursuit par la visite de la chambre et du bureau de Marie de la Providence, devenus musée, puis le Cénacle, lieu de la première chapelle, là où Mgr Languillat, évêque en Chine, a lancé son appel pour avoir des sœurs en Chine, en août 1967.
Enfin, notre périple se termine dans la crypte de la chapelle pour un temps de prière à côté du tombeau de Marie de la Providence.
Nous avons eu le sentiment de marcher avec elle, de revivre ces premières semaines, ses hésitations, son avancée un pas après l’autre, dans la confiance, avec une grande clarté sur ce qu’elle ne voulait pas faire, misant tout sur la Providence pour l’avenir proche et plus lointain. Nous avons eu l’impression que tout allait très vite dans ce temps de fondation.

Quelques impressions…

« Ce petit pèlerinage m’a rendu Marie de la Providence plus proche. Les églises et autres édifices ayant relativement peu changé depuis 150 ans, on peut se représenter Eugénie Smet en ces lieux. J’ai particulièrement aimé découvrir l’atmosphère de Notre-Dame des Victoires, je l’imagine assez bien s’y réfugiant le lendemain de son arrivée à Paris.
Finalement, en priant en fin de journée à la crypte de La Barouillère à côté de la tombe de Marie de la Providence après avoir marché sur ses pas aux côtés d’auxiliatrices d’aujourd’hui, elle m’a semblé bien vivante. » (Anne)

« A côté de sa détermination et de son caractère entreprenant remarquable, Marie de la Providence connaît aussi des doutes qui la prennent tout d’un coup et lui donnent envie de faire marche arrière illico-presto. Je pense ici à sa déconvenue majeure dès son arrivée à Paris, lorsqu’elle comprend de suite que l’abbé Largentier ne va pas l’aider à fonder l’institut dont elle a l’intuition mais voudrait plutôt l’utiliser pour d’autres choses. À cela s’ajoutaient les mauvaises conditions de vie dans le petit appartement parisien, les travaux de Haussmann qui faisaient de Paris un chantier, son manque de relations à Paris… Je la comprends bien ! Et savoir qu’elle est passée par là – malgré sa foi solide, son intuition confirmée par ses cinq improbables preuves, etc. – me la rend à la fois plus proche, plus « légitime » pour être aux côtés de ceux qui traversent des épreuves, et plus inspirante, plus soutenante pour affronter également ce genre d’épreuves. Toutes proportions gardées, c’est un peu le mouvement d’une « incarnation » pour moi.
Un immense MERCI au Seigneur d’avoir donné au monde Marie de la Providence, avec son audace et sa fidélité à Dieu, son feu pour se faire « la Providence de la Providence » auprès de tous les « séparés ». Merci aussi pour toutes les personnes qui ont été sur sa route et lui ont permis de fonder l’Institut. » (Marie-Anne)

Le bureau de Marie de la Providence.

Marie de la Providence