Un événement ignatien

Au large avec Ignace… Sylvie partage quelques flashes en forme de sentiments éprouvés lors de certains des grands moments de ces trois jours de rassemblement de la famille ignatienne à Marseille :

Joie des retrouvailles… dans le train du retour, je refaisais, de mémoire, la liste des personnes rencontrées, revues après parfois plus de 15 ans. Je suis arrivée à près d’une centaine. Bien sûr, ce n’est qu’un petit nombre sur les quelques 7 000 participants, et les échanges n’ont pas pu être très longs, mais ils étaient bons, amicaux et simples, parfois inattendus, et nous n’avions pas besoin de beaucoup plus pour que se partage le meilleur de ce que cette tradition ignatienne, commune référence, a pu façonner en chacun de vérité, d’ouverture, de service, d’ancrage en Dieu.

Lors des déambulations, à Notre-Dame-de-la Garde

Bonheur de voir une foule aussi bigarrée former assemblée dans le très grand hall du Parc Chanot, pour célébrer le peuple immense de la Toussaint : l’appartenance aux groupes ignatiens dans lesquels chacun se trouve bien avec ses semblables peut risquer de créer des… chapelles ! Eh bien, à Marseille, les portes de ces chapelles se sont ouvertes, grâce aux divers brassages entre les groupes (petites équipes de « déambulation » que la pluie a conduites à se retrouver souvent dans un café, favorisant l’échange ; côtoiements divers pour les repas (qu’ils soient sommaires ou festifs comme l’aïoli du dimanche soir !) ou les propositions thématiques ; visite des stands où congrégations, mouvements, pôles apostoliques se présentaient. Peut-être est-ce le plus grand bénéfice d’une telle rencontre : se découvrir, se reconnaître mutuellement, faire Église ensemble.

Émerveillement lors de la soirée du samedi soir sur le dialogue islamo-chrétien, qui s’est ouverte par une saynète entre jeunes d’un même collège où la mixité religieuse est très forte : musulmans et chrétiens s’exprimaient et se répondaient, de manière enjouée, sur leurs proximités et leurs différences : voilà qui est prometteur tandis que, aujourd’hui, le dialogue inter-religieux risque de retenir l’attention de générations déjà avancées en âge ou de se trouver menacé par les fondamentalismes et jugements qu’ils entraînent. Je garde surtout de cette soirée le souvenir ému du dialogue entre deux membres du groupe imams-prêtres de Marseille, chacun d’eux disant combien l’autre lui est nécessaire pour croire au sein de sa propre foi et rencontrer son Dieu ; plus encore, j’ai été vraiment prise par la prière exemplaire par laquelle ils ont terminé la rencontre, situé l’un et l’autre dans leur propre tradition, mais priant côte à côte, chacun à la manière de sa communauté et de sa foi : deux formulations, deux postures différentes, mais chacun offrant à l’autre d’entendre sa propre prière et écoutant celle de l’autre dans un respect palpable : nul syncrétisme, aucune tentative récupératrice, nulle ignorance de l’autre, non plus, mais la force d’une communion dans la différence à laquelle nous pouvions du coup être associés et qui est bien la perle précieuse de toute rencontre inter-religieuse.

Atelier sur le rapport de la CIASE

Gravité lors de l’assemblée qui s’interrogeait sur les suites possibles pour nous du rapport de la CIASE, lorsque nous avons entendu la lecture de quelques-uns des témoignages de victimes recueillis par la Commission Sauvé et qu’ont tenté de s’exprimer quelques repères simples – comme par exemple de ne pas céder à un dualisme frisant la lutte des pouvoirs entre hiérarchie ecclésiastique et peuple chrétien. Émotion aussi lorsqu’une femme, victime elle-même, a demandé à tous de ne pas quitter l’Église. Mais une telle assemblée, où beaucoup voulaient s’exprimer, si elle rendait tangibles les attentes et urgences de la synodalité, en manifestait aussi la difficulté : dans une Église où la parole a longtemps été confisquée, il nous faudra inventer les voies d’une synodalité réfléchie et soucieuse d’avancer ensemble en fidélité à l’Évangile et en trouvant les moyens d’une réflexion qui intègre une sagesse théologique.

Christine, supérieure de Xavières, commente l’Evangile

Espérance éveillée par la liturgie de la Toussaint : bien des gestes avaient une grande portée symbolique dans cette eucharistie finale, à laquelle la présidence par un archevêque, le nombre et la diffusion télévisée conféraient une rare audience et un peu d’autorité. La procession initiale ne s’est pas faite comme la seule entrée des clercs ; durant toute la célébration, sur le même niveau qu’eux, se trouvait un ou une représentant/e de chacun des groupes présents ; l’homélie de l’archevêque de Marseille ouvrait la parole à une religieuse pour commenter l’évangile des Béatitudes… Gestes forts dans une liturgie qui façonne la foi et peut faire évoluer, dans la plus saine ligne d’une vision moins cléricale de l’Église, mentalités et habitudes.

Cette Toussaint marseillaise 2021 a donc bien été un événement ignatien, mais – et n’est-ce pas tout particulièrement fidèle à Ignace ? – aussi un événement ecclésial. Non qu’elle donne aux ignatiens l’illusion d’être les réformateurs de notre Église, mais parce qu’elle nous a fait vivre une forme d’Église qui respire et nous a redonné, je crois, un dynamisme joyeux comme le ciel bleu qui, après les pluies diluviennes des deux jours, est réapparu au moment du départ. La pluie n’avait pas arrêté les pèlerins, le soleil les a envoyés poursuivre la route !