Avec sa longue expérience de médecin, « l’affaire Lambert » fait réfléchir Marie-Claude.

« Tous les autres, d’abord les autres personnes en état végétatif ou pauci relationnel, ceux de l’enfance foudroyée, de l’âge adulte ou du grand âge. Ceux dont le silence nous met si mal à l’aise que nous soyons leurs proches, leurs soignants ou membre d’une société qui a le merveilleux et tragique pouvoir de permettre le maintien en vie lorsque la plus élémentaire autonomie (celle d’accepter la nourriture ou l’eau présentée à la bouche) vient à faire défaut pour un moment ou pour toujours.

Il est facile, même si évident, de dire qu’ailleurs, pas si loin, ou autrefois, il n’y a pas si longtemps, la question ne se poserait ou ne se posait pas. Pour nous la question se pose et nul ne peut s’y dérober.

L’inquiétant silence de ceux-là qui ne peuvent dire ce que maintenant ils voudraient (et le mot vouloir, de quel sens nouveau se charge-t-il ici ?) nous convoque, me semble-t-il, à plusieurs attitudes :

– A un certain silence pour nous aussi d’abord. Que se taisent les certitudes sur les bons et les mauvais, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, que se taisent les « on aurait dû ou pas dû… », « Il n’y a qu’à… », « Si c’était moi… »

– Ensuite peut-être, à un certain respect pour les positions inébranlables et inconciliables, qu’elles soient celles de la loi ou du cœur, de tous les cœurs. Mais où cela peut-il conduire ?

Il y a fort longtemps le tout jeune roi Salomon, reconnaissant lui-même son inexpérience et son incapacité d’agir en chef (1Rois 3,7), fut confronté lui aussi à une question insoluble : savoir à qui appartenait la vie d’un enfant survivant réclamé par deux femmes. Son jugement – sous le voile de l’absurde « partagez l’enfant vivant et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre » (1 Rois3, 25), et la suite que nous connaissons ou devrions relire – nous rappelle que l’amour le plus grand est celui qui renonce à tout pouvoir sur l’autre et pourrait ici rouvrir un chemin de dialogue, qui sait »…

Marie-Claude est médecin généraliste. De 2011 à 2015 elle a travaillé en soins palliatifs (dans un service contenant une unité de 10 lits d’états végétatifs chronique) puis dans un IME recevant des enfants polyhandicapés dont certains eux aussi dans ces états limites.