Comme c’est arrivé à d’autres auxiliatrices, la « rencontre » avec Madeleine Delbrêl a marqué Espérance.
J’ai découvert la vie de Madeleine Delbrêl en 2004-2005 lorsque je faisais une formation pour valider mon diplôme d’assistante sociale du Rwanda. Il a été nécessaire de se réapproprier les services sociaux en France, c’est ainsi qu’on nous a parlé de Madeleine Delbrêl.
J’ai été très touchée par sa foi, sa conversion, son désir large de s’occuper des personnes en situations difficiles et de leur rendre la dignité humaine, son écoute active, ses capacités d’être en échange avec toutes les personnes qu’elle a croisées sur son chemin et sa manière d’aider les personnes de la rue à retrouver le goût à la vie. Elle était une femme qui osait une parole juste auprès des communistes pour défendre les pauvres. Elle aimait la jeunesse, qu’elle soit communiste, athée ou croyante.
Une femme de prière et d’action, de communion avec le Christ souffrant. La croix a été pour elle un lieu de fécondité spirituelle. On voit chez elle la volonté, tout au long de sa vie, d’imiter le Christ et de communier avec Lui dans sa souffrance. Elle portait en elle la détresse de tout homme au cœur de la souffrance physique et morale.
Je rejoins Madeleine Delbrêl quand elle dit que le silence pour elle n’est pas d’abord absence de bruit, mais écoute de la Parole de Dieu. Pour moi, il s’agit d’une écoute qui transforme, qui permet une vie nouvelle : renouer sa relation avec Dieu afin d’être plus créative.
Madeleine Delbrêl
Elle est née en 1904 à Mussidan, en Dordogne, dans une famille peu croyante. Elle décède en octobre 1964 à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, où elle a vécu dans « un coude-à-coude fraternel avec les incroyants et les pauvres » de 1933 jusqu’à sa mort, en plein concile.
Elle perd la foi à 15 ans. À l’âge de 17 ans, sa profession d’athéisme est radicale et profonde mais, en trois ans, à la suite de la rencontre d’un groupe d’amis chrétiens, elle prend en considération la possibilité de Dieu. Cette démarche aboutit à la foi à l’âge de 19 ans : « éblouie par Dieu », elle se convertit.
En 1927, elle décide de servir Dieu dans le monde et deviendra, en 1936, une des premières assistantes sociales.
En 1933, elle s’installe avec quelques amies dans la banlieue ouvrière, à Ivry-sur-Seine, municipalité communiste. Elle fonde une communauté de jeunes femmes qui se sont nommées « la Charité », avant d’être connues comme « Équipes Madeleine Delbrêl ». Il s’agit non « de travailler pour le Christ », mais « d’y être le Christ » c’est-à-dire d’être soi-même entièrement amour et charité.
Femme de prière et d’action, c’est une mystique chrétienne. Elle a vécu l’évangélisation dans la rencontre et le dialogue avec la société et notamment avec les communistes d’Ivry-sur-Seine.
Elle a été reconnue vénérable par le Pape François en 2018 (1ère étape avant d’être déclarée bienheureuse).
J’ai trouvé chez elle quelque chose qui rejoint ma vocation auxiliatrice et mon métier d’assistante sociale.
« Nos choix sont orientés en priorité vers ceux qu’on oublie ceux qui sont blessés dans leur dignité humaine, ceux qui ont le plus grand besoin d’une annonce de la bonne nouvelle. » (article 29 de nos constitutions)
Après sa conversion, elle a éprouvé le désir de partir au milieu des incroyants et des pauvres pour y vivre l’Évangile à Ivry-sur-Seine avec plusieurs compagnes : « Toute cette foule dans notre cœur ».
C’est ce même désir qui m’a habité tout au long de ma vie professionnelle en tant qu’assistante sociale : accompagner des personnes isolées en grande précarité, quelles qu’elles soient, les aider à changer leurs conditions de vie, dans la lutte contre les injustices, prendre la défense des sans-voix, et cela au cœur d’un combat spirituel. Oui, je suis témoin de la souffrance de cette foule que j’ai accompagnée.
Madeleine Delbrêl est pour les chrétiens un modèle d’évangélisation, de conversion, d’une proposition claire de la foi, d’une prière contemplative intense et de l’exercice d’une charité inconditionnelle envers tous.
