Magdeleine a participé au projet de « service et de prière » auprès des migrants à Calais.
Sur le front de mer de Calais, on peut voir de loin une structure colorée où de multiples panneaux indiquent les distances qui séparent Calais de nombreuses villes dans le monde. En lisant, une glace à la main, Honolulu 11 749 km, Los Angeles 8 909 km, Kyoto (Japon) 8 454 km, Marseille 893 km, on peut envisager les prochaines vacances, rêver, imaginer des aventures et des projets. Puis d’autres villes font échos à une autre réalité : Tripoli (Libye) 2 212 km, Khartoum (Soudan) 4 797 km, Addis Abeba (Éthiopie) 5 597 km. Ces noms résonnent de manière particulière dans cette ville, où de nombreux migrants passent dans l’espoir d’atteindre l’Angleterre.
Afin de leur venir en aide, de nombreuses associations ont vu le jour : pour la distribution de repas, la recharge du téléphone, pour procurer le matériel pour se coiffer, etc. Sur l’invitation des sœurs Ancelles du Sacré Cœur, nous sommes 10 personnes originaires du Portugal et de France à être venues à Calais pour rencontrer ces associations, prier ensemble et vivre une vie fraternelle pendant une semaine.
Chaque jour nous étions répartis en petits groupes dans différentes associations qui mènent des actions pour les migrants. Nous étions accueillis par un briefing pour nous présenter les locaux et nos missions du jour. Et puis après il fallait se laisser porter par l’imprévu et découvrir les tâches à faire au cours de la journée : appeler des garages pour une réparations de voiture, trier des vêtements, laver des chaussures, couper des oignons (beaucoup), aller sur les différents sites de distribution, etc.
Au cours de la semaine nous avons cheminé avec différentes figures bibliques qui ont vécu des situations d’exils ou fait l’expérience d’être étrangers : Abraham, Moïse, la sainte famille lors de leur fuite en Égypte, la Samaritaine… Ces textes ont pris chair au fur et à mesure des rencontres et des services rendus.
Un après-midi nous sommes allés sur un terrain où l’association distribue des boissons chaudes, de l’eau, met à disposition des prises électriques, etc. Avec une autre bénévole nous avons distribué plus de 80 litres d’eau en l’espace de 3 heures. Alors que je remplissais de façon répétitive tous ces verres, la phrase de Jésus à la Samaritaine : « Donne-moi à boire » (Jn 4,7) a pris un tout autre sens. Et si Jésus le disait pour lui, mais aussi pour toutes ces personnes qui ne peuvent parler la langue du pays où elles sont ? Toutes ces personnes qui ont soif ? Alors l’évangile est devenu concret là devant mes yeux.

Lors de sa visite à Lampedusa le Pape Léon a affirmé qu’il n’y a pas d’amour de Dieu sans amour du prochain, et il n’y a pas de prochain si je ne me rapproche. Alors comme l’a dit un des participants cette semaine, nous avons expérimenté que l’amour de Dieu est inséparable de l’amour des autres. Et un autre témoigne que pour lui sans la prière quotidienne ensemble, réaliser tous ces services n’aurait pas été possible.
C’est ainsi que Dieu nous a rendus capables d’être auprès de nos frères et sœurs qui fuient leurs pays, de servir modestement là où nous étions et aussi de vivre entre nous une vraie expérience de fraternité : de quoi rendre l’évangile présent et vivant ici et maintenant !